Antiloops : de la flûte et un max de groove !

Découvert un peu par hasard il y près de deux ans, le groupe Antiloops m’a tout de suite plu. Une flûtiste géniale et totalement survoltée, un bassiste que j’avais souvent vu au Caveau des Oubliettes et des musiciens excellents et du scratch : comment ne pas se laisser avoir ?

Après les avoir vu une première fois au Sunset en avril 2013, je les ai redécouvert sur scène au Chat Noir, à l’occasion d’une soirée organisée par mes copains de Cacofonix. L’équipe de choc est composée de Ludivine Issambourg à la flûte traversière et à la composition, Timothée Robert à la basse, Nicolas Derand au clavier, Maxime Zampieri à la batterie et de Mr Gib au scratch ou parfois de DJ Greem (C2C).

Avant qu’ils partent à l’assaut de la France cet été pour une tournée des festivals, je suis allée leur faire un petit coucou à Fontenay-sous-Bois (oui, jusque là !), Ludivine a accepté de répondre à mes questions.

Dans un premier temps, est-ce que tu pourrais nous présenter le projet Antiloops ?

Ludivine Issambourg : Yes ! Alors, c’est moi qui ai monté ce projet après mes quatre années de tournée avec Wax Tailor. J’avais envie de mélanger mes dix ans de pratique musicale, de jazz, musique improvisée, musique contemporaine, hip-hop, funk et tout ça. Il était temps de faire une synthèse de tous ces styles : Antiloops est né, avec toujours cette volonté de réunir des musiciens de différents milieux.

Quelle formation as-tu suivie ?

L.I. : C’est un trompettiste qui m’a appris la flûte, un professeur particulier qui enseignait la flûte et le saxophone jazz. Il avait un big band dans lequel il avait remplacé la section de trompettes par une section de flûtes. En fait, on commençait à faire des impros dans les cours particuliers et la carotte était de pouvoir rentrer dans le big band, pour faire des concerts, des solos … Mais on apprenait aussi le classique à côté avec lui, mais on ne faisait pas de solfège : un peu d’initiation simplement. Quand j’ai voulu devenir professionnelle, on m’a fait rentrer au conservatoire à 14 ans, ce qui est super tard. Je me suis rendue compte que je n’étais pas tant à la rue que ça puisque mon professeur m’avait inculqué toutes les notions nécessaires sauf qu’on n’y mettait pas les mêmes mots que les conservatoires … comme quoi l’enseignement sans solfège, à mon avis, c’est possible !

Avec quel(s) projet(s) as-tu commencé ?

L.I. : Dans ces cours de musique, j’ai rencontré des copains et j’ai décidé de monter mon premier groupe qui s’appelait H-Nod avec lequel on jouait des reprises déjà funk/électro, mais que des reprises parce que je n’avais pas du tout la maturité de composer à cette époque là. Le groupe était composé de basse, batterie, guitare, flûte, saxophone et scratch … donc en fait Antiloops est un peu la continuité de ce groupe ! Sauf que ce groupe là, j’avais dix-huit ans (rires).

Qu’est-ce qui t’as poussé à aller plus loin ?

L.I. : C’est mon arrivée à Paris, puisque mon premier groupe était en Normandie. Je suis arrivée sur les coups de vingt ou vingt-et-un ans, je suis rentrée au conservatoire de Cergy-Pontoise. Evidemment, le soir je trainais dans les jams des clubs de jazz où j’ai, entre autre, rencontré les musiciens qui sont dans Antiloops.

Concernant Antiloops, à quoi devons-nous nous attendre ?

L.I. : Eh bien … sortie de l’album en janvier 2015 ! Donc ça y est, il est terminé et même parti à l’usine ! Et bien sûr, sa promotion qui va commencer cet automne.

Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cet album ?

L.I. : Il est toujours dans la même veine que l’EP (YEP) et en même temps, vous allez voir qu’il y a un ou deux morceaux qui sont les plus récents qui annoncent une direction un peu plus approfondie : on commence à rajouter plus d’électro, plus de machines. On commence petit à petit à entrer réellement dans le vif du sujet. Et ça sera encore plus aboutit sur le deuxième album, évidemment !

Où a-t-il été enregistré ?

L.I. : Au studio One Two Pass It à Montreuil, qui est le studio de notre scratcheur, Mr Gib. J’ai en fait vu ce studio se construire, parce qu’on était en tournée ensemble avec Wax Tailor : il est ingé son façade. Dès qu’on était en pause entre deux tournées, il allait couler du béton et poser des parpaings dans son studio : je l’ai vu en chantier, je l’ai vu grandir et je lui ai toujours dis que je viendrai enregistrer mon premier disque ici … Et c’est ce que j’ai fais !

Quelles sont tes inspirations ?

L.I. : Déjà, il y a le label Ninja Tune, label anglais de musique hip-hop et électro avec des groupes comme The Herbaliser, The Cinematic Orchestra, ou Jaga Jazzist qui sont des nordistes. Pour les français, il y a les Troublemakers, toute la scène un peu acid jazz, électro jazz des années 90 en fait.

Comment décrirais-tu brièvement ce projet, ce groupe qu’est Antiloops ?

L.I. : … un bouquet électrique et surprenant ! C’est ce qu’ils ont utilisé ce soir (au Comptoir, Fontenay-sous-Bois) pour nous décrire et j’ai bien aimé. Le but est de réunir plein de fous : on mélange et ça donne Antiloops !

Antiloops : Hip Opsession #2 , le Pannonica, Nantes, le 7 mars 2014

Vous l’aurez donc compris, Antiloops est un mélange détonnant, plein de vie et de bonne musique. Sur scène, tous les musiciens sont déchainés, et donne tout ce qu’ils peuvent donner au public. On n’arrête jamais cette fine équipe, toujours en train de rire et de jouer : Timothée et Nicolas n’ont pas cessé de jouer durant toute l’interview !
Afin de terminer cette entrevue avec Ludivine, qui est, il faut bien le dire, un de mes « modèles », je n’ai pas pu m’empêcher de lui poser une dernière question, plus personnelle.

Tu es une des seules filles dans ce monde du jazz très masculin, et flûtiste par dessus le marché : comment parviens-tu à te faire une place ?

L.I. : Déjà … je parle comme un mec ! À force de trainer avec tous ces mecs tout le temps, j’ai finis par adopter leur langage, c’est un peu embêtant pour les interviews justement. Mon jeu est assez révélateur de cette situation. Sans vouloir passer pour un Caliméro, ça n’a pas toujours été facile étant plus jeune d’arriver dans les jams sessions déjà en étant une fille et en plus sans être chanteuse mais flûtiste, les gens ayant souvent des préjugés sur cet instrument par rapport à son volume sonore. C’est peut être cela qui fait que, quelques fois, je joue de manière un peu « énervée » : j’ai quand même essayé de m’imposer au niveau du son et ça a influé sur mon jeu, je pense.

Voilà donc toute l'équipe, à l'occasion du festival Jazz sous les pommiers

Voilà donc toute l’équipe réunie, à l’occasion du festival Jazz à Vienne !

Pas de recette miracle donc, du travail et de la persévérance. Les heures de labeur, et le goût des choses bien faites sont l’une des marques de fabrique d’Antiloops. En attendant l’album, on ne se lasse absolument pas de l’EP. Et pour ceux qui ne connaissent pas encore Antiloops, je conseille par dessus tout d’aller les voir sur scène (dates annoncées ici) car l’énergie et la bonne humeur que tous les musiciens est assez contagieuse !

Mahaut 

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